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La gouvernance et ses enjeux dans le secteur agricole

Le Conseil du café cacao (CCC), créé en 2011 par l’ordonnance n°2011-481, est l’organisme clé de régulation, de stabilisation et de développement de la filière café-cacao, qui représente 40 % des exportations et 15 % du PIB national. En 2025, alors que la production mondiale de cacao atteint 2,1 millions de tonnes, selon l’ICCO, la gouvernance du CCC fait face à des enjeux majeurs : transparence, durabilité et amélioration des conditions des producteurs. Cet article explore le rôle du CCC, les défis de sa gouvernance et les perspectives pour une filière café-cacao plus équitable et résiliente.

Rôle du Conseil du Café-Cacao

Le CCC centralise la gestion de la filière café-cacao, unifiant des entités comme la Bourse Café-Cacao et le Fonds de Développement des Producteurs pour une gouvernance plus efficace.

Régulation et stabilisation

Le CCC fixe un prix minimum garanti aux producteurs, équivalent à 60 % du prix CAF (Coût, Assurance, Fret), soit 2 200 FCFA/kg pour le cacao en juillet 2025, selon conseilcafecacao.ci. Ce mécanisme protège les agriculteurs des fluctuations des marchés mondiaux, où les prix ont chuté de 12 000 USD à 7 787,50 USD la tonne entre 2024 et 2025, selon Trading Economics. Le CCC gère également les ventes anticipées (PVAM), ayant vendu 1,1 million de tonnes pour la campagne 2018-2019, selon Commodafrica, afin de maximiser les revenus d’exportation.

Soutien aux producteurs

Le CCC soutient les agriculteurs via des programmes de formation et la distribution de cartes multifonctions avec codes QR, permettant la traçabilité des produits et des transactions financières, selon Transcaonegoce. En 2025, le Fonds de Développement du Café-Cacao (FODECC) a recensé 369 481 producteurs et géolocalisé 143 000 parcelles, selon un post X de @FODECCCM. Ces initiatives renforcent la transparence et l’accès aux financements.

Enjeux de gouvernance

La gouvernance du CCC est confrontée à des défis structurels et externes, malgré ses efforts pour moderniser la filière.

Transparence et lutte contre la corruption

La transparence reste un enjeu majeur. En 2017, le CCC a enregistré 300 milliards FCFA de pertes en raison de défauts de contrats d’exportation et d’une mauvaise communication. Un audit commandé par le ministère de l’Agriculture a révélé des failles dans la commercialisation, avec 350 000 tonnes recommercialisées d’urgence. Plus récemment, en 2021, des accusations de détournement du fonds COVID-19 ont été démenties, le CCC ayant été blanchi. Ces incidents soulignent la nécessité d’une gouvernance plus robuste, soutenue par des contrôles stricts et des sanctions, comme celles imposées en 2024 contre les opérateurs véreux.

Lutte contre le travail des enfants

Le CCC collabore avec la Plateforme de Partenariat Public-Privé (PPPP) pour lutter contre le travail des enfants. En 2024, le CCC a renforcé son plan d’action 2025-2029 contre la traite et l’exploitation. Cependant, plus de 50 % des cacaoculteurs vivent avec moins de 1,90 USD/jour, ce qui alimente le recours au travail des enfants. Le CCC a imposé le Différentiel de Revenu Décent (DRD) de 400 USD/tonne, mais son application reste inégale.

Défis climatiques et durabilité

Les conditions climatiques et les exigences environnementales internationales posent des défis majeurs pour la gouvernance du CCC.

Impact du changement climatique

Le changement climatique, notamment El Niño, a réduit la production de 24 % en 2023-2024 (1,75 million de tonnes), selon Ethiquable. Le virus du swollen shoot, affectant 300 000 hectares, est exacerbé par les pluies et sécheresses. Le CCC a investi 34,5 milliards FCFA pour arracher 100 000 hectares infectés et replanter des variétés résistantes, mais les coûts élevés limitent l’impact pour les petits producteurs.

Conformité aux normes européennes

Le Règlement européen sur la déforestation (RDUE) exige une traçabilité complète d’ici 2025. Le CCC, via la Plateforme Nationale de Coordination des Initiatives de Promotion de l’Agroforesterie, travaille à la mise en conformité. Des partenariats, comme celui avec Cargill pour restaurer certaines forêts, intègrent la surveillance satellitaire pour prévenir la déforestation. Ces efforts sont cruciaux pour maintenir l’accès au marché européen.

Impacts sur les producteurs et l’économie

La gouvernance du CCC a des répercussions directes sur les 1 million de producteurs et les 4 millions de personnes dépendant du cacao.

Revenus des producteurs

Malgré le DRD et un prix minimum garanti, les revenus des producteurs restent insuffisants. En 2024, le prix de 1 800 FCFA/kg, bien qu’en hausse de 20 %, est loin des 4 000-5 000 USD/tonne nécessaires pour un revenu décent, selon Ethiquable. La contrebande vers des zones voisines, où les prix atteignent 6 000 FCFA/kg, aggrave les pertes. Le CCC sanctionne les pratiques illégales, mais la pauvreté des planteurs persiste, avec 50 % vivant sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.

Contribution économique

Le cacao représente une part importante des exportations et du PIB, selon Transcaonegoce. Les réformes du CCC, comme la carte multifonctions et les investissements dans la transformation locale (ex. : usine de Yopougon de Cargill), créent des emplois et renforcent l’économie. Cependant, la volatilité des prix mondiaux, tombés à 7 787,50 USD/tonne en juillet 2025, menace les recettes fiscales, selon Trading Economics.

Perspectives pour l’avenir

En 2025, le CCC doit relever plusieurs défis pour renforcer sa gouvernance et soutenir la filière.

Renforcement de la transparence

Le CCC prévoit de renforcer les audits et la formation des magistrats sur la réglementation, pour sanctionner les infractions. L’interprofession, en cours de mise en place, vise à inclure davantage les producteurs dans la gouvernance.

Transition vers la durabilité

Le CCC investit dans l’agroforesterie et la recherche, avec des partenariats comme OCP pour fournir 10 000 tonnes d’engrais. Le Projet d’Appui à la Gouvernance de la Filière Cacao (PAGFIC) et la collaboration avec l’UE renforcent la traçabilité et la durabilité. Ces initiatives pourraient stabiliser la production face aux aléas climatiques d’ici 2030.

Une gouvernance en évolution

Le Conseil du café cacao joue un rôle central dans la régulation et le développement de la filière, mais fait face à des enjeux de transparence, de durabilité et d’équité. En renforçant les contrôles, en luttant contre le travail des enfants et en s’adaptant aux normes environnementales, le CCC peut transformer les défis en opportunités pour une filière plus résiliente, bénéficiant aux producteurs et à l’économie.

Pour en savoir plus sur la filière café-cacao en , Voir ici.

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